Le tabac : des chiffres inquiétants

Aujourd’hui, plus d’un jeune sur trois, âgé de 12 à 18 ans, est consommateur de tabac. Parmi eux, neuf sur dix sont des consommateurs réguliers (chiffres du Comité français d’éducation pour la santé-CFES).
L’âge moyen de la première volute de fumée se situe autour de 14 ans. Or, selon l’OMS, un fumeur sur deux devient accro en moins d’un an…

Selon les tranches d’âges, la proportion de fumeurs augmente en effet très rapidement : chez les 12-13 ans, ils sont moins de 10% à fumer. Mais il y a 33% de fumeurs chez les 14-15 ans et 50% chez les 16-17 ans. A leur majorité, 60% des garçons et des filles ont « la clope au bec »…

Le nombre moyen de cigarettes par jour est lui aussi exponentiel. Un enfant de 13 ans fume en moyenne cinq cigarettes par jour, plus de sept cigarettes par jour à 15 ans et plus de dix à 18 ans.

En cette matière, la précocité n’est pas bon signe… Plus l’âge de la première « taffe » est précoce, plus le nombre de cigarettes consommés par jour augmentera vite. A l’inverse, un adolescent qui n’a jamais fumé a toutes les chances de ne jamais devenir fumeur.

Les raisons de l’entrée en tabagie ?

« Les parents jouent un rôle décisif dans le comportement tabagique de leur enfant lorsqu’ils fument eux-mêmes, ou lorsqu’ils ont une attitude plus ou moins permissive vis-à-vis de ce comportement », souligne le rapport du Haut Comité de la santé publique (HCSP) de l’année dernière.

L’entourage amical de l’adolescent joue aussi un grand rôle. 62% des adolescents fumeurs ont un « meilleur ami » fumeur, contre 14% chez les non-fumeurs (sondage du ).

« Notre société a aboli beaucoup de rites des passage pour accéder au statut d’adulte : durant les années du collège, la cigarette joue ce rôle. En fumant, l’adolescent se dégage de sa famille, s’affirme et intègre un groupe de pairs », explique le psychanalyste Fernando Geberovich, expert en toxicomanie des adolescents.

Plus fondamentalement, le tabagisme est, chez l’adolescent, un signe, plus ou moins grave, de « mal-être » qu’il faut accepter de reconnaître comme tel. Il traduit le besoin d’un produit extérieur pour se donner un apaisement ou une excitation.

Le tableau peut sembler noir, trop noir, mais c’est la réalité qui l’est. Les adolescents qui commencent à fumer tôt et régulièrement ont plus de risques d’utiliser un jour d’autres produits psychotropes : alcool, drogues, médicaments… (étude du CNRS).

Faut-il encore le rappeler : en France, le tabac est à l’origine de plus de 60 000 morts par an, soit une mort sur dix. On prévoit que, dans vingt ans, il y en aura 160 000 par an… « Fumer pendant six ans entre 12 et 18 ans est plus dangereux que de fumer entre 40 et 46 ans, note le cancérologue Henri Pujol. Nous voyons arriver des personnes de 35-40 ans atteintes aux poumons alors que ces cas auparavant étaient rares. Ils ont commencé à fumer dès l’âge de 12 ans ».